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Le P. Louis-Marie de Lannurien, spiritain, arrive à Rome en février 1853 avec mission d'y fonder un séminaire français.
Le P. Libermann est décédé le 2 février 1852 et c'est son successeur immédiat, le |
T.R.P. Schwindenhammer, qui a confié l'entreprise au P. de Lannurien… et à Notre-Dame des Victoires, ainsi qu'il l'écrit dans un courrier du 21 janvier 1853 :
« Le Père Lannurien va donc partir incessamment pour Rome ; il sondera le terrain et après cela on verra ce qu'il y aura à faire. J'ai bien recommandé cette afaire à Notre-Dame des Victoires, de laquelle nous tenons toutes nos œuvres. Daigne cette bonne Mère y répandre ses bénédictions si elle est conforme à la divine volonté. »
Le P. de Lannurien n'est pas en reste : avant de quitter Paris, il est allé lui-même s'agenouiller, avec le même propos, dans le célèbre sanctuaire marial. Il faut souligner ici que la Congrégation du Saint-Esprit fut expressément placée dès son origine (Pentecôte 1703) et par son fondateur (Claude François Poullart des Places, condisciple et ami de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort) sous la protection de la Vierge conçue sans péché (plus d'un siècle et demi avant la proclamation du dogme !) ; l'union à la Congrégation du Saint Cœur de Marie, vouée à l'évangélisation de l'Afrique et fondée en 1840 aux pieds de Notre-Dame des Victoires, n'a pu que confirmer un tel dévouement. En bref, l'histoire spirituelle des fondateurs de notre Séminaire est profondément liée au patronage de Marie, avec une grâce spéciale de dévotion envers son Immaculée Conception, son Saint Cœur, et Notre-Dame des Victoires. Il est tout naturel que l'histoire de la fondation elle-même, et spécialement l'histoire de la chapelle du Séminaire Français, se déroule entièrement sous le même patronage.
Le Père de Lannurien rencontre à Rome de grandes difficultés pour mener à bien le projet. Il a en vue, tour à tour, plusieurs lieux, mais ils s'avèrent inadaptés ou inabordables financièrement. Début mai, les bâtiments de l'ancien Collège Irlandais, qui conviendraient bien, semblent devoir eux aussi lui échapper. Il désespère de pouvoir ouvrir le Séminaire à la rentrée prochaine. C'est alors qu'il décide de le consacrer au Saint Cœur de Marie, de lui donner le titre de Seminarium Gallicum Sanctissimi Cordis Mariæ, et de recommander l'œuvre à l'Archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires. Le dernier samedi du même mois, il s'accorde avec les Irlandais sur les conditions du bail de leur ancien Collège. Ce lieu (actuellement via degli Ibernesi, 20, en bas de la rue en pente – Salita del Grillo – qui part vers la droite lorsqu'on est face à l' Angelicum) accueille ainsi le Séminaire Français naissant, durant les années universitaires 1853/54, 54/55 et 55/56. Il s'avère très vite que des locaux plus grands sont nécessaires. Le P. de Lannurien, foudroyé par le choléra, achève sa vie exemplaire le 6 septembre 1854 ; un mois après est nommé supérieur le P. Melchior Freyd, dont l'attachement à Marie n'a rien à envier à celui de son prédécesseur. Comme lui, il doit affronter de pénibles déconvenues dans la recherche de bâtiments adéquats, et il s'en remet comme lui à la Vierge Immaculée. C'est ainsi qu'il se rend en pèlerinage à la Santa Casa de Lorette, au début du mois d'août 1855. Il reçoit là l'assurance qu'il peut être « tranquille par rapport au Séminaire, et que les choses iront comme elles devront aller 1 ». La rentrée se fait tout de même dans la maison, pleine à craquer, de la Salita del Grillo. Or, le 22 octobre de cette année-là, s'écroulent – sans blesser personne – le toit et la voûte d'une église qui se trouvait à l'emplacement de notre actuelle chapelle.
Cette église avait d'abord été, sous le titre de Saint Pie I, la chapelle de la Casa Pia, institution fondée en 1560 par Saint Charles Borromée pour accueillir des prostituées repenties, puis, restaurée et agrandie par le Cardinal Scipion Gonzague, elle avait été dédiée à Sainte Claire en 1628 et consacrée en 1683, les tertiaires Clarisses de la Casa Pia ayant alors cédé la place à des Clarisses cloîtrées. En 1810, un décret de Napoléon s'appliquant aux « départements de Rome et de Trasimène » ordonna la suppression de toutes les corporations religieuses et la confiscation de leurs biens. Les religieuses de Santa Chiara quittèrent donc les lieux, qui furent vendus aux enchères l'année suivante, à des prix dérisoires. L'église, seule, garda son statut de bien ecclésiastique ; en 1855, lorsqu'elle s'écroule, elle est le siège d'une archiconfrérie du Saint-Sacrement.
L'événement impressionne beaucoup le voisin, propriétaire de l'ancien couvent, qui craint que ses murs aussi ne tombent : préférant abandonner les lieux, il se met à chercher fébrilement un acquéreur… l'occasion n'échappe pas au P. Freyd. Mais celui-ci ne s'engage pas avant d'avoir consulté Pie IX à ce sujet ; il a à peine commencé de lui en parler que le Saint-Père lui dit en souriant : « Je sais ce que vous voulez acheter : vous ignoriez que je vous faisais suivre par ma police secrète. Eh bien ! volontiers, je vous permets de faire l'acquisition de l'ancien couvent de Sainte- Claire ; mais vous devrez continuer à louer les boutiques du rez-de-chaussée, pour ne pas priver de leur pain les pauvres gens qui font leur commerce dans ce quartier » 2 . Ainsi fut fait…
Quant au terrain et aux ruines de l'église Sainte-Claire, le pape, par un motu proprio du 9 avril 1856, les donne gracieusement au Séminaire Français, afin qu'on élève à cet endroit « une nouvelle église où les élèves puissent remplir les fonctions sacrées ».
Presque le même jour, le P. Freyd reçoit une lettre que lui envoie de Paris Madame Jurien de La Gravière. Cette dame, née à l'Île Bourbon (la Réunion) en 1811, était mariée à un amiral français fort brave, mais fort volage, aussi vivait-elle séparée de lui ; très riche et très pieuse, elle dépensait toute sa fortune, capital et intérêts, en bonnes œuvres, et devait mourir, en 1878, dans une extrême pauvreté. C'est elle qui avait payé au supérieur du Séminaire Français son pèlerinage à Lorette de l'année précédente. Or, dans sa lettre, on lit : « Mon Père, je viens de prier Notre-Dame des Victoires, au pied de son autel, d'inspirer à Pie IX de vous donner l'église tombée de Sainte-Claire. Quand vous l'aurez obtenue et que vous aurez la première pierre, vous en commencerez aussitôt la construction. »
Le P. Freyd lui écrit aussitôt que sa prière est exaucée et que le Saint-Père vient de donner l'église, mais qu'il manque encore la première pierre pour commencer… Réponse immédiate de Madame de La Gravière : « Je vous envoie dix mille francs ; c'est la première pierre pour votre église : commencez. Pendant quatre années à pareille époque je vous ferai parvenir une somme égale. Vous dédierez votre église à Notre-Dame des Victoires. »
Le P. Freyd commence donc à envisager les travaux, imaginant, ainsi qu'il l'écrit dans son “Journal de Communauté”, « une petite chapelle gothique dédiée à Notre- Dame des Victoires ». Il ne pense guère que le nombre des étudiants au Séminaire Français puisse jamais dépasser la trentaine 3 … C'est alors que la bienfaitrice vient à Rome et s'enquiert auprès de lui de l'état du projet ; dans le même Journal de Communauté, il raconte : « En entendant notre dessein de faire construire sur les deux tiers de l'emplacement une jolie petite église gothique, elle se récria beaucoup et contre le style gothique et contre la restriction de l'édifice nouveau. “Je ne veux, dit-elle, ni gothique ni petite chapelle, mais une église sur tout l'ancien emplacement et sur le modèle de Notre-Dame des Victoires à Paris, dont cette nouvelle église doit être comme la fille. Ce n'est qu'à cette condition que j'ai promis de vous aider”. [...] Elle fit elle-même prendre les dimensions de l'ancienne église et commanda à un architecte de Paris de nous faire sur le plan de Notre-Dame des Victoires un plan qui devait être exécuté par nous. Contre la force point de résistance. [...] Cette volonté du reste avait pour appui l'approbation de notre Très Révérend Père Général ».
Cette volonté aussi, comme l'écrit le Père Cournol ne manquera pas de « perfectionner, par un exercice assez fréquent, la patience et l'esprit de foi du Père Freyd », tout en permettant providentiellement l'érection d'« un édifice assez grand pour contenir la nombreuse jeunesse cléricale qui s'y pressera plus tard ». Le fait est que l'argent promis ne suffit pas : les travaux débutent au printemps 1857 ; en octobre on commence déjà à s'endetter ; des secours permettant d'entrevoir le bout du tunnel n'arrivent qu'en août 1858. Un an plus tard, le P. Freyd, épuisé, dépose momentanément sa charge : la direction du Séminaire est alors confiée, pendant quatre ans (de 1859/60 à 62/63), au P. Stumpf.
La bienfaitrice, manifestement, le met lui aussi à l'épreuve. Le 16 novembre 1861, il écrit : « Madame de Jurien m'arrive par surcroît de malheur comme une bombe, avec vingt-cinq observations et des ordres de toute espèce. Faut-il de la patience ! [...] Encore si cela me valait un pavé de brique ! » Parmi ces “ordres de toute espèce” doit figurer celui d'obtenir du Saint-Père l'autorisation de célébrer la première messe dans le nouvel édifice, et précisément en la fête de la Présentation de la Vierge (21 novembre), sur l'autel de Marie, Refuge des pécheurs. Le pape y consent en effet, demandant seulement que l'on procède préalablement à la bénédiction de l'église, et qu'elle soit dédiée à sainte Claire. Le temps de trouver un évêque et la cérémonie peut avoir lieu, à la nuit tombante, le 20. Le 21 novembre 1861 donc, jour de fête pour sa Mère, Notre Seigneur Jésus-Christ renouvelle son Sacrifice, par les mains du P. Stumpf, sur cet autel – encore inachevé – de Marie, Refuge des pécheurs.
Dès lors, on y dit la messe chaque jour ; les sommes nécessaires à l'achèvement des travaux – le pavement et l'autel du chœur sont encore inexistants – arrivent providentiellement. Il faut cependant attendre un an et demi encore avant que la communauté puisse commencer à y prier ordinairement : « Hier, écrit le P. Stumpf le 2 mai 1863, nous avons pris possession de l'église au nom de la Sainte Vierge pour le mois de Marie. Elle est pauvre encore ; mais elle est très belle quand on sait ce qu'elle a coûté. Les dons continuent à venir ». Et les travaux, essentiellement dès lors d'aménagement intérieur et de décoration – auxquels pourvoit à nouveau l'Archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires – doivent encore durer de longues années.
Enfin la consécration, sous le double vocable de Sainte-Claire et du Cœur Immaculé de Marie, Refuge des pécheurs, a lieu le 4 décembre 1881, ainsi qu'en témoigne une plaque commémorative située dans le petit corridor qui relie la salle Pie IX et le bas de la nef.
Il faut compléter ces notes générales par quelques précisions sur des éléments particuliers de notre chapelle :
La statue de Marie Refuge des pécheurs est une reproduction en plâtre de celle de Notre-Dame des Victoires à Paris, et a été offerte par l'Archiconfrérie du même nom ; nous n'avons pas trouvé la date de son installation, mais on peut supposer qu'elle était déjà en place le 21 novembre 1861, lorsque fut célébrée la première messe sur l'autel qu'elle surplombe.
En regard, le tableau représentant sainte Claire, au-dessus de l'autel du même nom, est très probablement un héritage de la première église Sainte-Claire, tout ce que contenait cette dernière ayant été donné au Séminaire Français par le motu proprio du 9 avril 1856 ; on peut raisonnablement estimer que ce tableau date du XVII ème siècle.
La statue de Notre-Dame de Lourdes, dans la niche que l'on construisit ad hoc au dessus de l'autel principal, fut inaugurée à la veille du 8 décembre 1873. Elle avait été donnée peu de temps auparavant par le R. P. Pierre-Rémy Sempé, premier supérieur de l'œuvre de la Grotte et des chapelains de Notre-Dame de Lourdes, qui avait séjourné au Séminaire Français du 16 janvier au 8 avril de la même année. Ce don voulait encourager la profonde dévotion mariale qu'il avait constaté dans la communauté de Santa Chiara. On dit (information non vérifiée) que cette statue est l'une des trois qui furent commandées pour que l'une d'entre elles soit mise dans la Grotte. “Recalée à l'examen” (à cause de son mouvement ?… de toute façon, aucune ne plaisait à sainte Bernadette…), il fallait toutefois lui trouver une digne destination. Le P. Cournol : « L'intronisation de la statue de Notre-Dame de Lourdes paraît avoir été l'occasion d'un accroissement de dévotion envers Marie non seulement pour les directeurs et les élèves de la maison, mais aussi pour de pieux fidèles qui avaient pris l'habitude de venir prier dans la chapelle du Séminaire. Et Marie semble avoir répondu comme elle répond toujours à la confiance qu'on met en elle. Ce 31 mai (1885), lit-on dans le Journal de la Communauté, la statue de Notre-Dame de Lourdes qui domine le maître-autel portait une magnifique couronne oferte par une famille romaine en reconnaissance de la guérison presque instantanée d'un tout petit enfant par l'emploi de l'eau de Lourdes et une neuvaine à la Madone. »
L'autel principal se trouvait jusqu'en 1965 au pied de cette statue, surmonté du tabernacle, conformément aux dispositions de l'ancien rite. La réforme liturgique détermina son aménagement dans l'actuelle position. Le tabernacle dût alors être situé dans la paroi du chœur à droite, avant que le Seigneur ne vienne “planter sa tente” dans l'autel même, ce qui advint vers 1980 (?).
L'inscription ALTARE GREGORIANUM, au bas de la niche de Notre-Dame de Lourdes, atteste “l'efficacité spéciale” des messes qu'on célèbre à cet autel, en vertu d'un privilège qui lui fut accordé par Pie X. Ce privilège tire son origine de l'abondance des miracles qu'on obtint par l'intercession de saint Grégoire le Grand (540-604) en disant la messe sur l'autel de l'église du monastère Saint-André, qu'il fonda sur le Cœlius avant d'être pape. Notre autel est donc “affilié” à ce dernier.
Les chapelles latérales sont respectivement dédiées à saint Joseph, saint Louis, saint Hilaire et saint Bernard. Les autels, en marbre, conservent des éléments de la chapelle antérieure. On lit ainsi sur la marche de l'autel de saint Louis une inscription avec la date MDCCLVI (1756).
L'orgue fut inauguré en 1880 et “retouché” par la suite, [jusqu'à sa restauration de 2004, la bénédiction de l'orgue ayant eu lieu le 24 mars de cette même année].
La fresque de la coupole fut réalisée en 1869 par Pasqualini. La théologie du courroux de Dieu apaisé était assez diffusée à cette époque : on la retrouve dans le célèbre cantique Minuit, chrétiens.
Le vitrail aux armes de la Congrégation du Saint-Esprit fut posé en 1948.
Les stalles étaient probablement en place lorsque la communauté du Séminaire Français prit possession de la chapelle, le 1 er mai 1863. Leur disposition a été modifiée par le déplacement du maître-autel, en 1965 : elles ont été écartées pour élargir l'allée centrale, on pouvait alors “entasser” une centaine personnes dans les stalles ; leur “capacité d'accueil” a été diminuée d'une vingtaine de places par la restructuration de 1965.
Dans la crypte funéraire doivent se trouver 5 corps, dont celui du P. de Lannurien ; le P. Freyd, à qui est consacré un monument près de l'escalier menant à la tribune, repose probablement au cimetière du Campo Verano.
Il faudrait sans doute voir, pour plus de précisions sur la “restauration iconoclaste” de notre chapelle, si des factures de peinture datant de 1965 environ ne se trouvent pas encore dans les archives de l'économat… Sans doute les anciens faux-marbres et autres fresques étaient-ils difficiles à garder en l'état, ou à remettre en état !…
[L'ambon et le crucifix actuels ont été installés en 2004 suite à la restauration de la chapelle].
Merci au P. Osty pour les informations qui ont servi à l'élaboration de ces notes.
Matthieu DELESTRE, c.o. |
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