Les semaines s'écoulent, et la réponse ne vient pas !
« Pendant
ce temps, nous traitions du côté de lambassade.
Dans cette visite S.E. le Cardinal Spinola, prodataire, me
tint à peu près le même langage que dans la première
visite, et massura quil sempresserait de traiter avec Sa Sainteté
de laffaire en question. Des semaines sécoulèrent
et la réponse ne vint point...
Mgr de Ségur mavait conduit chez Monsieur lAmbassadeur.
Monsieur de Rayneval nous avait accueillis avec cette amabilité qui ne
se dément jamais, et qui nest pas chez lui purement extérieure,
mais provient dun désir sincère de rendre service. Il nous
avait dit quil serait heureux de voir des religieux français sétablir
à Rome, que bien volontiers il contribuerait à cet établissement
de tout son pouvoir, que pour Saint Nicolas, si jétais à
même de satisfaire le Recteur actuel, il appuierait ma demande auprès
de la commission des biens pieux français.

Henri de
La Tour dAuvergne |
Cette commission a pour président le Premier secrétaire
de lambassade, le prince de La Tour dAuvergne, et comprend outre
lui un ecclésiastique français (Mgr de La Croiy, qui a le titre
de clerc national de France) et un laïc, Monsieur Lemoine. Mgr de Ségur
me conduisit chez Mgr de La Croiy et chez Monsieur Lemoine, leur recommanda
chaudement notre affaire et me donna une lettre pour Monsieur le prince de La
Tour dAuvergne. Ce dernier me dit que je devais adresser une lettre officielle
pour faire la demande du Rectorat de Saint Nicolas ; et que pour ce qui
regardait la location de la maison contiguë, ladministration ferait
tout ce qui dépendrait delle pour mettre à ma disposition
tout le local que je voudrais louer, autant que les lois du pays le permettaient,
en respectant les droits des locataires actuel. »
Un secrétaire dambassade aimable, mais un peu méfiant...
« Plusieurs jours se passent : point de réponse.
Je retourne auprès du prince de La Tour dAuvergne. Il me raconte
franchement les embarras de lambassadeur, mavouant toutefois que
cest lui-même en grande partie qui les a fait surgir dans son esprit :
Nous sommes, me dit-il, très bien disposés envers vous ;
mais nous craignons lenvahissement des communautés ; voyez
la Trinité des Monts : elle nest plus à nous ;
les Dames du Sacré-Cur en sont les maîtresses ; voyez
Saint-Denis, autre propriété française ; elle nous
a été de même soutirée par une communauté,
dabord française, maintenant italienne. Si nous ny prenons
garde, tous nos établissements nous seront ainsi enlevés les uns
après les autres. Vous venez maintenant demander humblement une petite
place dans la maison au titre modeste de locataires ; mais une fois établie,
vous ferez faire des démarches par le Gouvernement Pontifical auprès
de ladministration, afin quon vous cède le tout moyennant
quelques légères compensations. Vous devez comprendre que nous,
ayant la responsabilité dadministrateurs de ces biens, devons prendre
nos précautions pour quils soient conservés intacts à
la France.
Je lui répondis dabord que nous navions
nullement lintention, ni le pouvoir de dépouiller ladministration
française ; je lui dis en second lieu, répondant à
la franchise de son objection par une aussi grande franchise de réfutation :
Croyez-vous que lemploi que vous faites actuellement des 703 écus
que vous louez la maison de Saint-Nicolas, donne plus ou autant de considération
ou même dinfluence à notre patrie, que ne le ferait ici un
Séminaire français, composé des meilleurs
sujets de tous nos départements ?
Cétait la première fois que je parlais
à lambassadeur de notre projet de séminaire. »
La réponse de lAmbassadeur, Monsieur
de Rayneval, à la lettre du Père Lannurien est fort aimable, mais
les conditions posées pour accepter Saint-Nicolas des Lorrains ne sont
pas satisfaisantes.
Chercher un autre local...
Obtenir une audience du Saint Père...
« A la vue de ces difficultés, et dans
la pensée de celles que je prévoyais encore, je crus quil
fallait faire deux choses :
- la 1ère, chercher un autre local pour le cas où le premier
projet rencontrerait trop dobstacles et dans lespoir de trouver
une autre position, mais ni dépendante et plus assurée ;
- deuxièmement, dobtenir une audience du Saint Père, pour connaître
plus clairement sa volonté. Mes recherches furent assez longtemps inutiles,
soit à cause de la cherté des loyers qui auraient pu convenir,
soit à cause de léloignement dautres locaux moins
chers du centre des cours publics. »